L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs

L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs

Ailleurs ce n'est pas toujours meilleur


Il était une fois, loin d’ici, dans une plaine orientale, un joli champ de roses traversé par une voie de chemin de fer. Elle était toute droite comme un i, comme si on avait tracé un trait avec une règle. Ozan, souricette des champs, se lassait de sentir le parfum envoûtant de ces fleurs de printemps, que les hommes cultivaient pour les grandes usines près des villes. Elle savait en écoutant les chants des cueilleuses de fleurs qu’une autre vie existait, ailleurs, là où disparaissait le train. Un jour, je partirai avec les roses et j’irai voir, moi aussi, cet autre monde, se disait-elle. Ozan se mit à rêver.

Toi qui lis cette histoire, ne voudrais-tu pas aussi découvrir  un  endroit qui te semble meilleur  que celui dans lequel tu vis  aujourd'hui ?

Une fois par mois, on entendait siffler le train. Il faisait vibrer les rails de la vallée et annonçait fièrement son arrivée avec ses volutes de fumée noire. Cette fois, je pars, je pars, dit-elle à ses sœurs et elle se cacha dans un ballot de pétales de roses prêt à être embarqué dans un wagon. Au ciel couchant, le train semblait dire au revoir en sifflant et la fumée se dissipa. Le voyage fut inconfortable et très long. Enfin, une fois arrivée, Ozan croisa à la descente du train un petit rat des villes. Eh bien souricette, d’où viens-tu  ? lui demanda le rat. Je viens d’une vallée qui a un soleil trop brillant, qui sent trop la rose, qui est trop perdue au bout du monde et qui n’a qu’un seul train. Je veux voir autre chose, tu comprends ? Je suis partie pour toujours. Et toi, que fais-tu avec ton costume noir ? Je suis noir à cause de la fumée des trains, des usines, de l’eau trouble des égouts sans parler de mon odeur nauséabonde. Regarde dans quel état je suis. Ma pauvre souricette ! Ici, on va vouloir t’empoisonner, te tuer, t’écraser, si c’est la guerre, on te mangera. Moi qui rêve de soirées sous les étoiles, d’espaces grandioses, de brises d’air pur qui me caressent les moustaches, de siestes dans un endroit calme et apaisant. En ville, tu crois pouvoir profiter de la vie et te distraire comme bon te semble, mais c’est un leurre. Viens avec moi, je vais te faire visiter. Quelques jours plus tard, fatiguée de marcher, son pelage un peu plus gris et terne, Ozan se dit que partir pour toujours n’était finalement pas une si bonne idée. Elle demanda en pleurant où trouver le chemin de la gare. Je retourne chez moi, dit-elle. Et comme deux amis ne se quittent pas, Ozan et le rat devinrent guide touristique pour petits rats citadins désireux de changer d’air et pourquoi pas de devenir rat des champs.

La morale de cette histoire, c'est bien d'être curieux mais il ne faut pas croire systématiquement que  l’on sera plus heureux loin de chez soi. Il faut d'abord savoir apprécier ce que l'on a.